Actifs numériques22 mars 2023·8 min de lecture

Blockchain et finance décentralisée en Afrique de l'Est et Océan Indien : opportunités 2023

Dans un contexte post-FTX marqué par la méfiance envers les exchanges centralisés, la blockchain et la DeFi continuent de s'implanter en Afrique de l'Est et dans l'Océan Indien. Des cas d'usage concrets comme les transferts de fonds, l'inclusion financière et la tokenisation foncière montrent la voie.

L'effondrement de FTX et ses enseignements pour la région

La faillite de FTX en novembre 2022 a provoqué un choc de confiance mondial envers les exchanges centralisés de crypto-actifs. Dans la région Afrique de l'Est / Océan Indien, où de nombreux utilisateurs avaient découvert les cryptomonnaies via des plateformes centralisées (Binance, FTX, Kucoin), l'épisode a accéléré un mouvement vers l'auto-garde (self-custody) et les protocoles décentralisés (DeFi).

Paradoxalement, si le bear market de 2022-2023 a réduit la spéculation, il a clarifié les cas d'usage à valeur réelle : les transferts de fonds internationaux, l'accès aux services financiers pour les non-bancarisés, et la tokenisation d'actifs réels.

Les transferts de fonds : le cas d'usage le plus mature

L'Afrique subsaharienne et l'Océan Indien sont parmi les régions du monde les plus dépendantes des remittances (envois de fonds de la diaspora). Selon la Banque Mondiale, les frais moyens de transfert vers l'Afrique subsaharienne s'élevaient à 7,8 % du montant transféré en 2022, loin de l'objectif ODD fixé à 3 %. Les solutions blockchain comme Stellar (utilisé par Western Union et MoneyGram) ou M-Pesa + Ethereum offrent des frais inférieurs à 1 % avec des délais de règlement en quelques secondes.

À Maurice, la diaspora est estimée à 200 000 personnes en Europe et Australie. Le volume annuel de remittances dépasse 200 millions de dollars, dont une fraction croissante transite déjà par des rails blockchain.

L'inclusion financière : des millions de non-bancarisés à atteindre

À Madagascar, aux Comores et dans certaines zones rurales de Tanzanie et du Kenya, plus de 60 % de la population adulte n'a pas accès à un compte bancaire. Les wallets blockchain (Valora sur Celo, MPesa + DeFi) offrent un accès à des services financiers basiques (épargne, prêt, assurance paramétrique) via un simple téléphone mobile, sans nécessiter de KYC bancaire traditionnel.

Des projets comme Celo (réseau optimisé pour mobile) ou Kotani Pay (Kenya) démontrent la viabilité de ces modèles à l'échelle de millions d'utilisateurs.

La tokenisation foncière : un enjeu majeur pour la région

Dans des pays où les registres fonciers sont incomplets, contestés ou corrompus (Madagascar, Comores, certaines régions d'Afrique de l'Est), la blockchain offre une solution pour sécuriser les titres de propriété. Des pilotes menés en Tanzanie (avec le soutien de l'ONU-Habitat) et à Madagascar (avec des partenariats ONG) ont démontré la faisabilité technique, mais les obstacles juridiques et politiques restent considérables.

Le cadre réglementaire régional en 2023

Maurice s'est distinguée comme le hub régulateur le plus avancé de la région avec le Virtual Asset and Initial Token Offering Services Act (VAITOS Act) de 2021, qui encadre les exchanges et les prestataires de services sur actifs virtuels. La Financial Services Commission (FSC) a délivré ses premières licences d'opérateur VASP en 2022-2023, attirant plusieurs acteurs régionaux.

Le Kenya Crypto Regulatory Framework (en consultation en 2023) et les travaux de la Banque Centrale de Madagascar sur les CBDC témoignent d'une dynamique régionale positive, même si l'harmonisation des cadres reste un objectif lointain.

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